Français au Luxembourg

Stéphane Vojetta : « Il n’y a pas de posture politique plus misérable que celle qui s’en prend par idéologie à l’entrepreneuriat »

Stéphane Vojetta : « Il n’y a pas de posture politique plus misérable que celle qui s’en prend par idéologie à l’entrepreneuriat »

Je suis un entrepreneur. Comme de nombreux Français établis hors de France, j’ai choisi cette vie, ce risque, cette liberté. C’est une passion. Après des années de salariat, c’est aussi une forme de libération. Car je suis libre de créer de la valeur, de contribuer à l’économie et à l’emploi dans le pays où je vis : l’Espagne. J’en suis heureux, j’en suis même fier. Je n’ai pas à m’excuser d’entreprendre. Pourquoi écrire cela ? Parce que je fatigue des diatribes à l’encontre des entrepreneurs et autres chefs d’entreprise entendues ici ou là dans le débat politique français. A lire certaines positions, entreprendre, c’est pour certains exploiter et pour d’autres polluer. Il est désormais évident que ni la France Insoumise ni ceux qui se décrivent comme « écologistes » (et notamment Europe Écologie Les Verts) n’aiment les entrepreneurs, les entreprises et l’économie. La municipalité « écologiste » de Lyon vient d’ailleurs de retirer sa subvention à la French Tech, c’est tout dire. Or, comment construire l’avenir dans le rejet de l’économie et la négation de l’entreprise ? Il n’y a pas de posture politique plus misérable que celle qui s’en prend par idéologie à l’entrepreneuriat.

Il se trouve qu’entrepreneur, je suis aussi candidat aux élections des conseillers des Français de l’étranger. Je me permets à ce titre de livrer ma part de vérité. Loin de l’image d’Epinal du start-upper de la Silicon Valley, la réalité du quotidien des entrepreneurs, auto-entrepreneurs, autonomos et artisans français aurait de quoi faire réfléchir ceux qui aiment tant détester la « start-up nation » et jeter dans le même panier tous les entrepreneurs : parmi les défis qu’ils affrontent, un marché européen fragmenté, des régulations d’un autre siècle, des banques frileuses qui transforment la quête de subventions en nouveau business model. Les entrepreneurs français et européens ont bien du mérite de continuer à tenter d’innover en Europe quand le succès serait sans doute plus probable en Californie ou en s’immatriculant dans le Delaware. Et pourtant l’Europe a besoin d’innovation, faute de quoi le monde continuera d’avancer, mais sans nous. Ce sera un monde chaque jour plus inféodé aux GAFAs, à leurs rivaux chinois surprotégés par le régime communiste et à leur emprise sur nos données personnelles, nos industries, nos économies, nos vies.

Alors oui, il faut continuer à soutenir les French Tech, plus que jamais d’ailleurs. La French Tech manque d’ailleurs cruellement ici à Madrid, même si on espère la voir resurgir de ses cendres, et même si d’autre regroupements permettent de créer des synergies dans notre écosystème. Et plus largement, il faut soutenir les entrepreneurs. En Espagne, les entrepreneurs, auto-entrepreneurs et autonomos souffrent davantage qu’ailleurs des répercussions de la crise, qu’ils soient dans la technologie … mais aussi dans le tourisme, la restauration ou la construction. C’est pour cela que le gouvernement français a décidé au début mars que certaines associations venant en aide aux (micro)entrepreneuses et entrepreneurs français à l’étranger pourraient dorénavant postuler pour obtenir une aide allant jusqu’à 50 000 Euros, grâce au dispositif de soutien au tissu associatif des Français à l’étranger (STAFE). Ces enveloppes pourraient alors être redistribuées ensuite aux entrepreneurs en difficulté. Tout cela, c’est de la vraie vie. Si je suis élu conseiller des Français d’Espagne, je m’engagerai sur ce sujet car je mesure, en campagne comme par expérience personnelle, combien ce besoin d’aide est essentiel.

Lisant tout ce qui s’écrit sur le retrait de la subvention à la French Tech par la municipalité EELV de Lyon, je m’interroge. Sait-on qu’une entreprise innovante dans la Tech crée de nouveaux emplois et aussi de nouveaux métiers. Y aura-t-il quelqu’un pour expliquer à EELV, à François Ruffin, à Jean-Luc Mélenchon et à leurs candidats aux élection des conseillers des Français de l’étranger que l’on peut à la fois ne pas voir dans Bill Gates, Jeff Bezos, Amancio Ortega ou Bernard Arnault des modèles, et pourtant aimer (ou au moins aider) les entrepreneurs, ces femmes et hommes, jeunes ou moins jeunes, en France ou dans le monde, qui décident de risquer leurs perspectives de carrière, leur santé, leur patrimoine, pour développer une technologie, créer une société, lancer un produit, conquérir un nouveau marché, bref tenter de de prendre leur part à l’inéluctable transformation de notre monde ? Une économie a besoin de liberté pour croître et conduire au progrès. Sans l’entreprise, sans les entrepreneurs, aucun des défis qui se pose à nous ne sera relevé, du changement climatique à l’intelligence artificielle en passant par les crises sanitaires. Entrepreneur, candidat, il m’importait de rétablir cette vérité.